01 Mar 2018

CIEL Group

Interview de Dev Sewgobind par Business Magazine : "Un humaniste au CIEL"

Business Magazine N'1326 - du 28 février au 6 mars 2018 - Eve Fidèle

Profondément passionné par l’humain, Dev Sewgobind s’est attelé à la lourde tâche de gérer le facteur humain dans des multinationales. Depuis le début de cette année, il s’est embarqué dans une nouvelle et palpitante aventure au sein du Groupe CIEL. 

Son cheminement professionnel est somptueux. De la British American Tobacco où il a occupé plusieurs postes de direction dans les ressources humaines en passant par être le Head of HR à la Barclays, cet homme jeune encore peut s’enorgueillir d’un palmarès très étoffé, pour ne pas dire impressionnant. Chez CIEL, aujourd’hui, sa mission consiste à apporter de nouvelles synergies au sein du Groupe, en promouvant les meilleures pratiques en matière de ressources humaines et de culture au profit de l’atout le plus important de CIEL : ses employés. Pour mieux y arriver on lui a taillé un poste sur mesure au poste de Chief Officer – Talent & Culture du Groupe.

D’une urbanité exquise, Dev Sewgobind a la douceur d’un pastel. Ce sourire contagieux qu’il porte constamment aux lèvres est sa marque de fabrique. Fonctionnant à l’humain, à l’empathie et au contact, sa curiosité de l’autre est hautement œcuménique ; jusqu’à présent, il ne s’est point laissé arrêter par les barrières et les frontières. D’ailleurs, ceux qui le côtoient disent sans faux-semblant qu’il est aussi bien dans le partage que l’échange.

Il nous reçoit avec quelques minutes de retard et se confond en excuse. L’homme est prévenant, charmant et arbore la politesse d’une bonne éducation stylée. A 42 ans, ce fils de fonctionnaires – son père était au ministère des Finances et sa mère était physiothérapeute à l’hôpital de Candos – a grandi auprès des parents protecteurs dans un cadre familial très conservateur. Tant bien qu’à l’adolescence, il se veut un peu rebelle. « Quand je me comparais à mes amis, j’avais moins de liberté qu’eux, mais aujourd’hui j’apprécie pleinement l’encadrement de mes parents. Ils ont planté en moi beaucoup de valeurs dont l’humilité que j’applique pleinement dans la vie au quotidien et dans ma carrière professionnelle » fait-il ressortir.

Ses jeunes années sont celles d’un enfant de Quatre Bornes qui a grandi auprès de deux sœurs. Il étudie à l’école primaire de Malartic jusqu’à la quatrième. Ses bons résultats lui valent d’être transféré à l’école primaire de Baichoo Madhoo. Ce fut là sa première adaptation au changement. Il se souvient avoir pleuré en quittant ses amis, mais sa personnalité extravertie l’a vite aidée à s’adapter à son nouvel environnement. 

Plus tard, au collège St Mary’s, il vivra une « super expérience » comme il dit. Il se rappelle encore du directeur de l’établissement, Paul Cheung, qui était à cheval sur la discipline. En 1993, il entre en première année de management à l’Université de Maurice. Ce choix d’études lui a été quelque peu imposé car au fond de lui, sommeille une âme d’artiste. Il était bon en peintures et en dessins ; ses dessins avaient même étaient exposés et lui se voyait bien architecte. Mais son père lui conseilla plutôt d’étudier des sujets tels que la comptabilité, l’économie et les mathématiques. Un choix qu’il n’a pas eu à regretter.

En troisième année d’université, il se classe premier de sa promotion et se voit octroyer une bourse pour aller faire son master à l’Université de Manchester en Angleterre. Il opte alors pour les études en ressources humaines. « Une fois en Angleterre, je me suis retrouvé indépendant pour la première fois. Ma mère ne voulait pas que je parte, mais c’était important pour moi de vivre cette expérience. » Même s’il a pris goût à sa vie en Angleterre, il rentre à Maurice en 1997 son master en poche. D’un côté, il avait hâte de commencer sa carrière et d’un autre c’était son devoir de revenir aider ses parents qui se sont sacrifiés pour son éducation et celle de ses sœurs.

Sa carrière, il la débute chez De Chazal Du Mée. Après onze mois, suivant le conseil paternel il postula au Central Electricity Board (CEB) et devient assistant HR Manager. Après quelques mois, il s’aperçut qu’il ne pourra pas vivre ses ambitions au sein de cette institution. Au même moment, la British American Tobacco recherchait une personne dans son département des ressources humaines pour Maurice. Il postula et se fait embaucher. « Mon père me pensait fou car le salaire était moindre. Je n’ai jamais regretté ma décision d’avoir quitté le CEB pour la BAT. Cela a été un tremplin pour ma carrière. »

Il y restera douze ans. De par l’opportunité que lui offrait le groupe, il a travaillé au Mozambique, en Egypte, au Kenya ainsi que sur des projets spécifiques pour la maison-mère en Angleterre. Travaillant principalement en Afrique, il a appris à découvrir ce vaste continent riche en cultures et en traditions. Aujourd’hui s’il a à choisir un lieu pour aller vivre ; sans hésitation son choix se porterait sur le continent.

En 2000, il part travailler sur un projet en Egypte et en 2002 on lui offre l’opportunité de travailler au BAT Mozambique. Il y passera pratiquement trois ans, puis ce fut un bref passage à Maurice pour repartir ensuite vers le Kenya où il a travaillé pendant près de quatre ans. Là, il s’occupait de dix-sept pays en termes d’opération.

Puis, sa vie est boulversée par une perte. « J’ai perdu un très bon ami, qui est mort du cancer à 33 ans. Nous avions grandi ensemble et quand j’étais au Mozambique, c’était lui qui passait du temps avec mes parents. C’était un choc terrible qui m’a poussé à prendre du recul et à me remettre en question. » Il décida alors de rentrer à Maurice en 2012 et débuta une nouvelle aventure à la Barclays. « Et puis j’étais marié et mon épouse Priya qui est professeur de chimie au Dr Maurice Curé avait mis sa carrière en suspens pour me suivre en Afrique. Elle voulait redémarrer sa carrière et tout cela à compter et m’a motivé à rentrer. »

A l’évocation de sa famille, il se redresse sur sa chaise, l’œil scintillant, la parole plus intime. Dev Sewgobind a épousé Priya en 2006, et de cette union est née Lara, neuf ans et Rohan, cinq ans. Pour passer du temps avec sa fille, il s’est même enregistré à un cours de piano en ligne pour être auprès d’elle quand elle pratique ses gammes.  Avec son fils, c’est tous les dessins animés que celui-ci aime regarder qui consolide la qualité du rapport père-fils, du moins pour l’instant !

Aujourd’hui il ne regrette pas une seule minute de s’être constamment aventuré en dehors de sa zone de confort. Un gros challenge l’attend chez CIEL et tout son être bouillonne d’effervescence à l’idée de ce qu’il pourra apporter à ce grand groupe.

En aparté

Sa spiritualité : « Pour moi la spiritualité se traduit dans les actions concrètes au quotidien. »

Un pays marquant : « J’en ai deux ; le Rwanda et l’Egypte. »

Un talent qu’il aurait aimé avoir : « J’adore la guitare, j’en ai une à la maison. J’arrive à jouer quelques notes mais j’aurais aimé pouvoir maîtriser parfaitement cet instrument. »

Un auteur : « Paulo Coelho et son Alchimiste. J’ai fait mienne cette citation : ‘Quand tu veux quelque chose, tout l'Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir.’ »

Sa passion : « A part les ressources humains, je suis un passionné de l’aquascaping qui consiste à concevoir tout un monde dans un aquarium. Je m’occupe aussi de mon jardin. »

Sa gastronomie : « J’aime la cuisine italienne. Je me souviens encore de la dame au Mozambique qui faisait des pâtes fraîches dans sa petite boutique au coin de la rue. »

Sa philosophie de la vie : « Il m’est très important de vivre dans la simplicité et dans l’humilité. »